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Après-COVID : le temps est venu d’une croissance douce

Après-COVID : le temps est venu d’une croissance douce

Une tribune de Bruno Breton CEO de Bloom

Bruno Breton

La crise COVID-19 a mis à jour les failles latentes de nos modèles économiques et sociaux – fractures environnementales, numériques, territoriales. Elle a surtout révélé le caractère insoutenable de la croissance telle que nous la connaissons : une croissance dure, poussée à plein régime, mettant la planète et les personnes sous haute pression. Deux mois de confinement ont suffi à faire voler en éclats un monde hyper-tendu – dopé aux flux, à la maximisation des profits, au tout-productif, à l’alternance entre coups de colliers et épuisement. Comme le chêne de la fable, l’écorce dure de ce modèle a rompu. La brisure est douloureuse, extrêmement coûteuse humainement et financièrement : il est temps d’envisager une nouvelle croissance plus douce, qui puisse fléchir sous le vent sans casser.

L’étude approfondie des réseaux sociaux – agora mondiale absolue en temps de distanciation sociale, a montré la maturité et l’appétence des citoyens-consommateurs-salariés pour cette nouvelle modalité d’existence et de travail. De façon paradoxale, et malgré bien sûr les drames vécus par certains, près de 70% des Français ont vécu le confinement comme une nouvelle séquence de vie – redécouvrant leur famille, « l’essentiel », un rythme de travail choisi… Le rapport aux territoires et à la mobilité a massivement évolué – avec un plébiscite de la proximité et d’une mobilité choisie, ainsi que le rapport au collectif, à la communauté, à la solidarité. Plusieurs rejets, également, sont manifestes : rejet d’une mobilité de destination, d’un urbanisme saturé, rejet des discours descendants et non fondés en actes, rejet de la surconsommation, de l’insécurité, rejet de la révolution à la faveur de l’évolution vers un système plus soft.

La possibilité d’une croissance douce embrasse en réalité toutes les transformations économiques et sociales précipitées par la pandémie. Elle suppose un rapport renouvelé au temps – qui appelle à penser le long-terme, à quitter le stress du flux pour revenir aux stocks, à relativiser la tyrannie du dernier-cri, mais aussi un nouveau rapport à l’espace – avec un réinvestissement magistral des territoires, de nouvelles souverainetés locales, une inversion de la mobilité du monde vers soi. Elle passe aussi par un nouveau rapport au travail – avec l’empowerment associé au télétravail, un rééquilibrage entre vie professionnelle et personnelle, mais aussi une revalorisation des compétences, notamment des métiers de « première ligne ». Les entreprises, également, y tiendront un rôle fondamental, conscientes et responsables de leur impact. Enfin, la croissance douce est sous-tendue par un rapport réinventé au collectif, à la co-création, et par une maturation des valeurs – vers des référents dits plus féminins d’empathie, de sensibilité, de temps long, et la redécouverte de la fraternité, valeur-pivot du pacte social et démocratique.

Activer cette bascule suppose des préalables. Tout d’abord, l’évolution des indicateurs de la croissance – de proxys exclusivement financiers à des metrics valorisant largement l’impact sur les territoires, l’emploi, la création de lien humain, le bien-être ajouté. La disposition d’écoute, ensuite, est clé – écoute des dirigeants envers les citoyens et des entreprises envers leurs collaborateurs, autant que la capacité partenariale entre entreprises et pouvoirs publics. Enfin, la croissance douce sera inclusive ou ne sera pas, appelant une participation accrue des salariés aux bénéfices de l’entreprise, une création de valeur pour tous, un respect des écosystèmes naturels et humains.

L’austérité, pour ne pas dire la violence des modèles de croissance hérités du XXe siècle a montré en quelques semaines ses irréfragables limites. Seule une croissance douce – résiliente, créative, non plus subie mais appréciée pour elle-même, nous permettra d’envisager un avenir meilleur

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